Lumière dans les ténèbres

Une porte s’ouvre. Sur le seuil apparait un jeune de presque deux mètres, fort et corpulent, qui nous demande surpris : «que voulez-vous ?».

Valence, novembre 2014, nous sommes dans un quartier renommé pour être l’un des plus violents et insécurisés de la ville. Le matin même, dans la Basilique de «La Vierge», nous nous sommes confiés à «Notre Dame des délaissés», et nous lui avons demandé qu’elle nous montre où elle voulait nous envoyer mendier «le pain de ce jour». A peine finie la prière, nous sommes tombés sur un ami: il est prêtre et, justement, il nous invite à passer dans sa paroisse, située dans ce quartier où peu veulent entrer.

Pour quelques jours, nous sommes descendus de la colline de Navalón, et nous voilà ici, devant cette porte ouverte, devant ce jeune qui nous regarde avec amitié. Nous lui demandons : «Pourrais-tu nous aider avec quelque chose à manger : un peu de pain, une boite, un reste… ?»

Spontanément, il nous invite à manger : «entrez » Avant d’arriver à sa porte, nous avions sonné à de nombreuses portes, sans qu’elles s’ouvrent. Nous entrons avec joie dans sa maison, bien réconfortés d’avoir pu trouver un lieu pour nous abriter du froid et de la pluie incessante. Alors que nous mangeons, nous entamons la conversation. «Depuis que mon père est mort, nous dit-il, j’ai perdu ma foi d’enfant, et mon cœur s’est peu à peu rempli de violence. Je ne parlais plus à personne, mais au fond, je sentais grandir la haine envers tout le monde. J’étais vraiment rempli de haine. À force d’être enfermé en moi-même, je suis devenu de plus en plus violent».

En voyant la paix qu’il dégage en nous parlant, nous osons lui demander, un peu surpris : «mais qu’est-ce qui s’est passé pour que tu aies retrouvé la paix ? Car nous te voyons rempli de paix !». Son visage s’illumine à notre question, et plein de reconnaissance, il nous partage l’évènement qui a changé sa vie : «un jour, alors que je marchais dans la rue, mon regard a croisé celui de José, un autre jeune, et… je n’ai pas supporté !, parce que j’ai eu l’impression qu’il me provoquait ; ainsi, sans rien dire, de toute mes forces je lui ai envoyé un coup de poing en pleine face, le projetant sur le sol. A ma grande surprise, il me dit tranquillement depuis le sol : «Et pourquoi tu ne me donnes pas un deuxième coup de poing ?». Furieux devant cette attitude, j’ai commencé à lui lancer toutes les insultes qui me venaient, lui disant – avec des paroles que je ne préfère pas répéter- qu’il est un lâche, une poule mouillée… mais au fond, une voix me disait à l’intérieur que mes insultes n’étaient pas en accord avec la réalité. Non, il n’était pas un lâche, ce José, il était plus fort que moi. Alors, j’ai crié, en lui tendant ma carte d’identité pour le provoquer «Vas-y ! Prends ma carte d’identité ! Dénonces-moi à la police ! Prends-la ! Je te la donne ! Dénonces-moi ! Vas-y !». Mais lui m’a répondu: «C’est que je ne veux pas te dénoncer»- et dans son regard, j’ai compris que je pouvais rester en paix avec ma carte d’identité, que jamais il n’allait me dénoncer ».

Après un bref silence, nous regardant, il s’exclame : «ce jour-là, ma vie a basculé totalement !». Et il ajoute : «J’ai essayé plusieurs fois de le retrouver, mais sans succès : je ne l’ai jamais revu !» Tout en mangeant, nous l’écoutons, rendant grâce pour cette maison qui nous a ouvert sa porte et son cœur. Durant la conversation, à de nombreuses reprises, il nous raconte cet évènement qui reste comme un mystère à ses propres yeux. En l’écoutant, nous nous sentons visité par la paix qui habite son cœur réconcilié.

Une rencontre qui change la vie. Sa vie a changé grâce à cette rencontre avec José, grâce à cette rencontre avec celui qui ne lui a pas rendu mal pour mal mais qui lui fait l’offrande de la résurrection. C’est une rencontre vivante avec Jésus vivant, avec l’Agneau, qui «en sa chair… en sa personne a tué la haine et qui nous donne sa Paix.» (Ef 2,16). Avec celui qui « blessé ne cesse jamais de nous aimer ». Sa vie a changé grâce à un amour plus fort que la haine et que la mort. Ce jour-là, il est né à nouveau et s’est abattu en son cœur le mûr de la haine, laissant la place au royaume de la Paix. Nous voulions nous-aussi vous transmettre cette paix qu’en ce jour nous avons reçue. Voici que dans ce quartier tellement craint pour sa violence, une porte s’est ouverte!

Que dans cette fête de Noël s’ouvrent aussi les portes de nos cœurs pour accueillir Celui qui est «notre paix», l’enfant de Bethléem, dans les bras de Marie, sa mère, accompagnée de Joseph. Ils nous l’offrent ! Cet enfant dans le silence de nos cœurs nous regarde. Il regarde notre vie, nos familles, nos joies, nos divisions, nos souffrances, nos ressentiments… notre haine. Avec son regard plein d’amour, il embrasse notre monde si blessé, et désarmé, il nous demande : «est-ce que vous voulez m’accueillir aujourd’hui, cette nuit, dans votre maison ? Est-ce que vous voulez recevoir ma Paix ? Je suis là. Pour vous, je me suis fait homme, je viens à vous comme un enfant, offert, innocent… et pour vous je m’offre en vous aimant jusqu’au bout, sur la Croix».

Nous vous souhaitons à tous la joie de cette rencontre qui a changée une vie, la joie d’être visité.

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